Les lectures de l'été : Les Manuconseils, n°2 : Sadique oui, mais pas sans la Foi.

Publié le par Manupoleon

Alors vous vous dîtes, Manu Il est bien gentil mais voilà. Moi aussi je suis catholique, mais pas masochiste du tout, bien au contraire, et pourtant moi aussi j'aimerai servir la foi.

Cruel dilemme vous dîtes vous.

Et non, Manu a également une solution pour vous. L'inquisition. Certes elle a perdu de sa vigueur, mais il ne tient qu'à vous de rappeler aux hérétiques qu'ils ne sont pas ici chez eux.

Et pour vous aider dans cette mission, Manu vous propose la lecture du Manuel des inquisiteurs, de Nicolau Eymerich et Francisco Pena, aux Editions Albin Michel, 2001, 300 pages. Ce Manuel complet du parfait inquisiteur, édité en 1503 et réservé à l'époque à quelques évêques initiés, est d'un abord plus sévère que l'ouvrage précédent, mais les sadiques adorent les détails.  C'est une sorte de Que sais je de la Sainte Inquisition. Non c'est bien plus que cela, mais c'est indescriptible. (Attention tout de même, il semblerait que la traduction française soit partiale et partielle. A quel point ? vous le saurez en étant latiniste, ce que n'est  Manu qu'en amateur, et encore, seulement du dimanche).


Point d'image, mais des bons mots.

Manu ne résiste pas à vous faire profiter de quelques extraits, dont on espère qu'ils sont suffisamment anodins pour avoir été traduits objectivement.

Comment détecter les petits malins hérétiques ? Ils ont 10 grosses ruses que l'Inquisiteur expérimenté saura aisément déjouer. Notamment ceux qui feignent la folie :

"Ils feignent la folie [...] pour ne pas être confondus. Ils rient en répondant, et mêlent à leurs réponses quantité de mots impertinents, comiques, idiots. Ils couvrent ainsi leurs erreurs. Ils font cela fréquemment alors qu'ils voient qu'on va les torturer ou qu'on va les livrer au bras séculier. Et cela, pour échapper à la torture ou à la mort. J'ai vu cela mille fois : les accusés feignent ou d'être complètement fous, ou d'avoir seulement des moments de lucidité".

Que faire alors ? : "Le thème de la folie feinte mérite une attention particulière. Et s'il s'agissait, une fois, d'un vrai fou ? Pour en avoir le coeur net, on torturera le fou, vrai ou faux. S'il n'est pas fou, il continuera difficilement sa comédie sous la douleur. S'il y a des doutes et que l'on ne puisse croire qu'il s'agit bien d'un vrai fou, qu'on le torture quand même, car il n'y a pas lieu de craindre que l'accusé meure sous la torture.
Mais si l'hérétique continue de blasphémer comme un fou sous la torture et pendant qu'on le mène à la mort, n'y a t il pas lieu de surseoir pour l'amener à se repentir, de sorte que, perdant la vie, il ne perde pas aussi l'âme ? Il le semblerait. Mais il faut rappeler que la finalité première du procès et de la condamnation à mort n'est pas de sauver l'âme de l'accusé, mais de procurer le bien public et de terroriser le peuple. Or le bien public doit être placé bien plus haut que toute considération charitable pour le bien d'un individu.
Et que faire enfin si l'accusé est véritablement fou ? On le gardera en prison en attendant qu'il retrouve la raison : on ne peut pas livrer à la mort un fou, mais on ne peut pas davantage laisser le fou impuni. Quant aux biens du fou, ils seront donnés à un procureur ou aux héritiers : car la folie, après le crime, peut faire retarder le châtiment corporel, mais elle ne libère pas de la perte des biens".


La suite est à réserver aux amateurs de série policière :
Que faire d'un hérétique qui ne veut pas avouer ? L'inquisiteur a 10 ruses lui aussi :
"5/ Si l'hérétique s'en tient à ses dénégations, l'inquisiteur feindra d'avoir à partir pour longtemps, et il dira à peu près : "Vois tu, j'ai pitié de toi... Je voulais vraiment que tu avoues afin de pouvoir expédier ton affaire, et ne pas te laisser malade ainsi sous les fers. Car tu es très délicat, et tu peux tomber malade ! [...] Tu ne veux pas avouer, et voilà que tu m'obliges ainsi à te garder en prison jusqu'à mon retour... Ca me fait de la peine, tu sais, car je ne sais pas quand je reviendrai !" [...]
6/ Si l'accusé continue de nier et si l'inquisiteur croit qu'il cache ses erreurs, - bien qu'elles ne soient pas prouvées -, celui ci multipliera les interrogatoires en variant les questions. Il obtiendra ainsi ou des aveux ou des réponses divergentes. S'il obtient des réponses variées, l'inquisiteur demandera alors à l'accusé pourquoi il répond tout à coup comme ceci, puis autrement : il le pressera de dire la vérité en lui précisant que s'il ne s'y résigne pas, il lui faudra passer par les tourments.
S'il avoue, c'est parfait. Sinon, cela suffira avec les autres indices, pour le soumettre à la question et lui arracher ainsi les aveux par la torture. [...]
9/ Si l'hérétique s'entête à nier, l'inquisiteur fera introduire auprès de lui un de ses anciens complices qui se soit bien converti et dont on puisse croire qu'il sera bien accepté par l'accusé. L'inquisiteur s'arrangera pour qu'ils se parlent. Le converti pourra raconter qu'il est encore hérétique et qu'il n'a abjuré que par peur [...]. Ils parleront encore dans la nuit et ils se parleront sûrement de ce qu'ils ont fait l'un et l'autre. On aura posté pour cette nuit des témoins, voire le notaire inquisitorial, en bonne place - avec la complicité des ténèbres - pour les écouter.
Voilà donc les dix ruses dont disposent les inquisiteurs pour tirer élégamment la vérité de la bouche des hérétiques, sans recourir à la torture".

La Question :
"On applique la question au dénoncé qui ne passe pas aux aveux et que l'on n'a pas pu convaincre d'hérésie au cours du procès. Si cet accusé n'avoue rien sous la torture, il sera considéré comme innocent. L'accusé qui, dénoncé, n'avoue pas en cours d'interrogatoire ou qui n'est pas convaincu ni par l'évidence des faits ni par les témoignages valables ; celui sui qui ne pèsent pas d'indices suffisamment clairs pour que l'on puisse exiger une abjuration, mais qui varie dans ses réponses, celui là doit être torturé. [...] La forme du verdict de torture est la suivante :
      Nous, inquisiteur, etc., considérant le procès que nous te faisons, considérant que tu varies dans tes réponses et qu'il y a contre toi des indices suffisants pour te soumettre à la torture ; pour que la vérité sorte de ta propre bouche et que tu n'offenses pas davantage les oreilles de tes juges, nous déclarons, jugeons et décidons que tel jour à telle heure tu seras soumis à la torture.

Sur le déroulement de la question, qui est excessivement détaillé, et bien lire ce Manuel, pages 204 et suivantes.
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